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lundi 21 février 2011

ÉLISE PARÉ-TOUSIGNANT
reçoit le Prix Opus Hommage 2011 

Pédagogue enthousiaste et gestionnaire dynamique, Élise Paré-Tousignant a contribué de façon importante à l’essor de la musique au sein de la société québécoise, en tant que professeure, administratrice, directrice artistique et citoyenne engagée au sein de plusieurs organismes musicaux. La vie l’a souvent placée au bon endroit au moment des grandes décisions, alors que tout restait à faire. Travailleuse infatigable, elle réussit à communiquer sa passion pour la musique à tous ceux qui la côtoient. Le Conseil québécois de la musique a choisi de rendre hommage cette année à cette pionnière du milieu musical en lui décernant le prix Opus Hommage 2011.              

L’enseignement de la musique : une question de choix
Élise Paré-Tousignant est née à Deschambault, une petite municipalité sur les rives du fleuve entre Québec et Montréal. Très tôt initiée à la musique par sa mère, organiste à l'église du village pendant plus de soixante ans, c’est du côté de la famille de son père que lui est venue la passion d’enseigner. Dès l’enfance, elle chantait déjà dans les chorales, assistait le professeur de musique et étudiait le piano. La carrière d’interprète, difficilement envisageable à cette époque, n’a jamais été une option pour la jeune pianiste qui a étudié à Québec, au Conservatoire et à l’Université Laval.
      Pionnière de l’enseignement de la musique au secondaire, elle participe à la formation des enseignants dans le cadre du nouveau baccalauréat en éducation musicale. Pendant sa carrière à l’Université Laval, elle enseigne la formation auditive tout en assumant diverses fonctions administratives, notamment celles de doyenne de la Faculté des arts et de vice-rectrice aux ressources humaines. Multipliant ses interventions dans les organismes musicaux, elle participe à plusieurs conseils d’administration. Lors de la création des cégeps en 1968, elle est de ceux qui participent à la création de l’option musique du cégep Ste-Foy, à la suite d’une entente avec l’Université Laval.

Les grands défis : le Domaine Forget et le Palais Montcalm
En 1993, elle accepte de joindre le Domaine Forget, à la demande de son directeur, Françoys Bernier, affecté par la maladie. À son décès, à peine deux semaines plus tard, Élise Paré-Tousignant assumera la direction artistique de l’institution. La première rencontre avec le conseil d’administration a lieu le lendemain des funérailles et le dépôt du rapport pour construire une salle de concert est à l’ordre du jour. Un défi majeur! Il faut poursuivre l’œuvre de Françoys Bernier se poursuive. La construction de cette nouvelle salle a été un facteur décisif pour la vie musicale dans la région. De cette aventure, Paré-Tousignant ne garde que de beaux souvenirs. « C’est un site magique sur le bord du fleuve, dit-elle. Il faut y vivre pour réaliser à quel point c’est un lieu extraordinaire pour faire de la musique. »
      En1997, au moment où se dessine la nouvelle vocation du Palais Montcalm, elle devient membre du conseil d’administration de la Société du Palais Montcalm. Un autre défi de taille est relevé, avec le résultat qu’on connaît : Charlevoix et Québec possèdent les deux meilleures salles de concerts du Québec.
      Le premier concert dans la nouvelle salle du Domaine Forget, avec le flûtiste Alain Marion et les Violons du Roy, sous la direction de Bernard Labadie, demeure un moment mémorable. Un événement émouvant qu’elle a eu la chance de revivre au Palais Montcalm, cette fois encore avec les Violons du Roy et la Chapelle de Québec. « C’est toujours un sentiment extraordinaire, quand la musique résonne pour la première fois dans une salle! »                                                                                                                 
Implication communautaire
De 2001 à 2005, elle est du Conseil québécois de la musique (CQM). « C’est une organisation extrêmement importante, un point d’ancrage pour les musiciens, quelle que soit leur forme d’expression musicale. » En 2003, à la demande de la ministre de la Culture et des Communications du Québec, un comité qu’elle préside fait la tournée d’évaluation des écoles de musique, des écoles de danse, des camps musicaux et des orchestres de jeunes au Québec. Une tournée qui a été fle préalable à la levée du moratoire sur le financement de ces institutions.
      Citoyenne engagée dans sa communauté depuis toujours, Élise Paré-Tousignant a communiqué sa passion de la musique à toute la population. Elle a le souci de la mise en valeur du patrimoine musical religieux, pour lequel elle a suscité un véritable engouement. Elle fait partie des membres fondateurs de l’École de musique Denys Arcand et du comité de direction artistique pour l’intégration des arts dans des lieux patrimoniaux.                     

L’importance de la musique dans notre quotidien
La carrière de Mme Paré-Tousignant a été jalonnée de distinctions. En 2006, elle est devenue Officier de l’Ordre national du Québec. Sa principale réalisation? « Il est difficile de choisir, dit-elle, chaque projet étant important, même s’il n’est pas spectaculaire. »                                                                  


lundi 17 janvier 2011

CINQ ORGANISTES AU SERVICE DE WIDOR
Entrevue avec Jacques Boucher

La Scena Musicale, octobre 2010

Dans les petits villages du Québec au XXe siècle, la musique d’orgue et le chant grégorien ont bercé l’enfance de la pluparT. Les municipalités étant dépourvues de structures culturelles, la vie musicale était concentrée dans les églises. « En fait », dit Jacques Boucher, titulaire de l’orgue Casavant de l’église Saint-Jean-Baptiste de Montréal depuis 1986, « l’espace symphonique du village, c’était l’église avec son orgue et son chant grégorien. C’était le lieu de culture, le lieu municipal où tu pouvais entendre de la musique ». Natif de Saint-Pascal de Kamouraska, il avait hâte au dimanche pour aller entendre le chant grégorien à l’église où son père a chanté la messe pendant 50 ans.

      En 1995, à l’occasion du 150e anniversaire de naissance de Charles-Marie Widor et du 115e anniversaire de fondation de Casavant Frères, facteur d’orgues de Saint-Hyacinthe, l’intégrale des dix symphonies pour orgue de Widor fut donnée par cinq organistes différents dans cinq villes du Québec. Cette activité a eu lieu grâce à Jacques Boucher qui a fondé en 1984, avec l’organiste Antoine Reboulot, l’association « Les grandes heures de l’orgue symphonique français ». Le CD "découverte" de ce mois-ci nous propose un mouvement de chaque symphonie interprété par ces organistes.

Un génie musical méconnu
Charles-Henri Widor est décédé en 1937 à l’âge de 93 ans. Nommé organiste à l’église Saint-Sulpice de Paris à l’âge de 26 ans, il y demeura durant 64 ans. Il fut aussi professeur au Conservatoire de Paris et compte parmi ses élèves de nombreux compositeurs de renom et la plupart des organistes influents de France. Compositeur prolifique, il est connu également comme chef d’orchestre, auteur et critique musical. Toutefois, malgré l’importance de sa production et les différents postes qu’il a occupés dans le milieu musical, son œuvre demeure peu connue, à l’exception de la célèbre Toccata, mouvement final de sa Cinquième Symphonie. Pourtant, l’ensemble grandiose de ses dix symphonies constitue, avec les œuvres de J.S. Bach, un des monuments du répertoire pour orgue. Il est le dernier survivant d’une époque révolue. « Dans la vision de Widor, note l’organiste Benjamin Waterhouse, la technique de l’orgue ne peut qu’être fondée sur l’étude des grands maîtres dont, bien sûr, Johann Sebastian Bach, et les habiletés de l’improvisateur ne doivent jamais faire oublier celles de l’interprète ».

La musique d’orgue à l’époque de Widor  
Il existait à l’époque de Widor ce qu’on appelait les « messes d’orgue ». La musique commençait avant l’entrée du célébrant et ne s’interrompait que le temps du sermon. Le public, les intellectuels et les artistes pouvaient aller entendre le « concert » du maître dans le salon de la tribune d’orgue. Avec ses nominations à Saint-Sulpice et au Conservatoire, Widor était devenu un des musiciens les plus en vue de la capitale. Il fit construire un salon privé derrière l’orgue où il recevait le gratin de la grande société. et même Albert Schweitzer, dit-on.

Le coffret de l’intégrale des dix symphonies
Les quatre premières symphonies pour orgue paraissent sous le numéro d’opus 13 en 1872. Les quatre symphonies suivantes de l’opus 42 sont publiées entre 1879 et 1887. Ce n’est que huit ans plus tard qu’apparaît la Symphonie « gothique », suivie de la Symphonie « romane » en 1900 qui marque un changement de direction. Ce sont les deux seules symphonies de Widor qui utilisent un motif grégorien. Le motif de la Neuvième Symphonie, dédiée à l’orgue de la Basilique Saint-Sernin à Toulouse (église gothique), est inspiré de la Messe de la Nativité, tandis que celui de la Dixième Symphonie, dédiée à l’orgue de l’église abbatiale Saint-Ouen de Rouen (église romane) provient de l’Haec dies, un chant grégorien festif de la Messe de Pâques.

      Cinq organistes interprètent les œuvres dans cinq villes de la province, ce qui constitue une sorte d’itinéraire, de Montréal aux portes de la Gaspésie : Jean-Guy Proulx à la cathédrale Saint-Germain de Rimouski, Gilles Rioux à la basilique Notre-Dame-du-Cap de Cap-de-la-Madeleine, Benjamin Waterhouse à la cathédrale de Saint-Hyacinthe, Jacquelin Rochette à l’église Saint-Roch de Québec et Jacques Boucher à l’église Saint-Jean-Baptiste de Montréal. La facture d’orgue a connu un renouveau dans les années 1960, avec un retour à un type d’instrument qui peut jouer de la musique plus ancienne. Tous les instruments sont de la maison Casavant qui possède une expérience riche de plus de 125 ans. Ils servent admirablement la musique de Widor.

L’avenir des orgues du Québec
Le cri d’alarme est lancé depuis un bon moment. L’un après l’autre, les orgues sont réduits au silence. Les angoisses suscitées par les discussions autour de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus laissent présager un avenir incertain pour ces bijoux du patrimoine. D’après Jacques Boucher, le cas le plus triste est celui de l’église de Lacolle qui a été convertie en restaurant. « Elle possédait le plus vieil orgue jouable de Casavant. On ne peut pas demander aux seuls paroissiens pratiquants de soutenir une église. Il faut qu’on la considère comme un héritage patrimonial et non pas comme patrimoine religieux. Le Ministère doit avoir des règles de conservation. Peut-on moralement dilapider un tel héritage ? »



mercredi 25 août 2010

LE TREMPLIN 2010 DU CONCOURS DE MUSIQUE DU CANADA  -  Un pas vers une carrière musicale internationale

La Scena Musicale, juillet 2010

Destiné aux jeunes interprètes à l’aube de leur carrière, le Tremplin 2010, volet « élite » du Concours de musique du Canada (CMC) a pris fin le 15 juin à Sherbrooke. La pianiste Tina Chong de Banff (Alberta) a remporté le Premier prix « Laframboise Gutkin ». Ce prix, d’une valeur de 8000$, s’accompagne d’une résidence de trois semaines au Centre Banff. Âgée de 25 ans, la lauréate étudie présentement à l’Université d’Indiana. Elle se produira comme soliste lors du concert gala le 5 juillet à Edmonton. Tina Chong a reçu de plus une maquette d’audition produite et réalisée dans les studios de Radio-Canada qui en diffusera des extraits sur les ondes d’Espace musique. « Ce n’était pas mon premier concours de cette envergure, mais c’était certainement le plus exigeant » a mentionné la jeune artiste à l’issue du concours au journaliste Steve Bergeron de La Tribune de Sherbrooke.

Le Tremplin : un volet de haut niveau du Concours de musique du Canada
Organisé parallèlement au CMC tout en dépendant de la même direction, le Tremplin a été mis en place en 1971. Avec la croissance que connaissait alors le Concours, les dirigeants décidèrent de procéder au réexamen des règlements généraux et du programme musical afin d’élever les standards de performance. Pour réviser les critères d’admission, ils obtinrent l’appui de précieux collaborateurs, dont la pianiste Yvonne Hubert, le directeur musical Wilfrid Pelletier et le compositeur Jean Vallerand. C’est à ce moment que le comité organisateur mit sur pied une section particulière destinée aux jeunes interprètes désireux de se mesurer aux exigences des concours internationaux de musique. Cette section appelée « Tremplin international » est maintenant reconnue comme une référence majeure sur l’échiquier des concours de musique au Canada.

      Le Tremplin offre à une cinquantaine de jeunes musiciens, de 16 à 28 ans (sauf pour le chant : 31 ans), l’occasion de participer à un concours national de haut niveau, dont les critères sont comparables à ceux des concours internationaux. Choisis par un comité de présélection, après audition à l’aveugle des enregistrements, ces musiciens se présentent à trois épreuves devant un jury de cinq juges : un premier récital de 45 minutes, un second d’une heure et un programme contenant un concerto complet. À la Première éliminatoire, 16 candidats seront retenus pour la demi-finale, puis 6 pour la finale. Véritable rampe de lancement, ce volet du CMC a permis d’acquérir des expériences de la scène à de jeunes artistes qui marqueront ensuite la scène internationale de leur personnalité. Le CMC a vu défiler depuis sa fondation des milliers de musiciens. Parmi eux figurent des noms prestigieux, dont les Marc-André Hamelin, Louis Lortie, Chantal Juillet et Martin Beaver.

      Les lauréats du Tremplin 2010 se partagent plus de 30 000$ en bourses et engagements. Le Deuxième prix « Shire Canada » (4000$) a été remis au pianiste Charles Richard-Hamelin de Montréal, qui a reçu également le Prix pour la meilleure interprétation d’une œuvre canadienne (1000$). Le Troisième prix « PolyExpert » (1000$) a été attribué au clarinettiste Dominic Desautels de Granby.

Le Concours de musique du Canada : un incontournable pour les jeunes musiciens canadiens
Fondé à Montréal en 1958 sous le vocable « Le Festival national de Musique » Le CMC a pour but de soutenir et d’encourager le jeune musicien au dépassement de soi et à cultiver chez lui la discipline et la ténacité. C’est au moment de la création du Tremplin que l’organisme a pris une dimension nationale avec l’ajout de l’Ontario, suivi des huit autres provinces les années suivantes. S’assurant d’atteindre ses objectifs, le CMC a mis sur pied trois volets différents : Le Tremplin, le Concours de musique du Canada lui-même et le Programme Junior.

      Le Concours de musique du Canada proprement dit se déroule en trois étapes sur une période de trois mois. La 52e édition a débuté à Sherbrooke le 1er avril avec la tenue de la première épreuve régionale. Jusqu’au 21 mai, 16 autres villes canadiennes ont accueilli cette première étape. Ont suivi ensuite les finales provinciales dans sept provinces. La finale nationale a lieu du 21 juin au 3 juillet à l’Alberta College Conservatory of Music à Edmonton. Le concert gala des lauréats, accompagnés de l’orchestre du Concours, sous la direction du maestro Alexei Kornienko, sera présenté le 5 juillet à l’Université de l’Alberta, aussi à Edmonton. Le Programme junior vise à faire découvrir le CMC aux jeunes musiciens de moins de 15 ans qui n’y ont jamais participé. Grâce à la flexibilité du programme, ils peuvent s’inscrire dès l’âge de 7 ans à la première épreuve et présenter le répertoire demandé pour leur instrument et leur catégorie d’âge.
     
Un concours avec une signature originale
Un des événements musicaux les plus importants au Canada, le CMC a pour particularité d’être ouvert à pratiquement tous les instruments de musique, ce qui ne simplifie certainement pas la tâche du jury. « Une fois que nous avons trouvé le meilleur pianiste, le meilleur violoniste, le meilleur chanteur, il faut choisir le meilleur pour toutes ces disciplines, ce qui est loin d’être facile » a déclaré Richard Turp, membre du jury, au journaliste Steve Bergeron. Subventionné au Québec en partie par le ministère de la Culture et des Communications, le CMC est constitué d’un réseau de bénévoles, de professeurs, de collaboratrices et de collaborateurs oeuvrant ensemble, à partir de leur région respective, au développement de l’excellence musicale de la jeunesse canadienne. Le même esprit qui stimulait les fondateurs est encore aujourd’hui bien vivant chez tous les bénévoles qui s’impliquent et y insufflent leur énergie.


Pour tout savoir sur le CMC, visitez le www.cmcnational.com
BENJAMIN BEILMAN :
Tous les rêves sont permis pour ce talentueux jeune violoniste

La Scena Musicale, juillet 2010

Dès sa première apparition en quart de finale, le prodige américain d’à peine 20 ans a montré qu’il possédait cette étincelle qui produit les grands artistes. En plus d’une solide technique, d’une musicalité et d’une maturité impressionnantes, il possède une incroyable assurance pour un jeune musicien. Ces qualités ne se sont pas démenties en finale, alors que le jury du Concours Musical International de Montréal (CMIM) reconnaissait le talent exceptionnel de ce violoniste en lui accordant le Premier Prix. L’assurance avec laquelle il a interprété le Concerto de Sibelius en finale donnait au public l’impression d’entendre un violoniste chevronné. Le public a salué par une ovation monstre celui que le critique Christophe Huss a appelé « l’ange musical de la compétition ».

      Le lendemain de la finale, encore sous l’émotion, Benjamin Beilman considère comme un honneur d’avoir été sur scène avec des finalistes de si haut niveau. Chaussé de petites lunettes noires accentuant son air sérieux, il dégage en entrevue cette même tranquille aisance qu’il a démontrée depuis le début du concours. Il se dit envahi de bonheur, d’autant plus qu’il a failli ne pas arriver à temps pour le concours. Un vol retardé au départ lui a fait rater sa correspondance pour Montréal. C’est grâce à un passager généreux qui lui a cédé sa place qu’il a pu finalement se rendre à destination. Un signe du destin? Les candidats étant logés dans des familles d’accueil, Benjamin a eu le privilège de se trouver dans un environnement calme avec une hôtesse dynamique et compréhensive qu’il appelle affectueusement sa « host mom ». Pour se détendre, il faisait de longues promenades avec le petit chien de la maison qui l’a pris en affection.
     
Un début de carrière fulgurant
Amateurs de musique sans être musiciens, les parents de Benjamin ont inscrit leurs deux enfants en musique afin d’ajouter un complément à leur formation générale. De deux ans l’aînée, Elizabeth a commencé l’étude du violon à 5 ans. Assistant aux leçons de sa soeur, Benjamin fredonnait ensuite ce qu’il avait entendu. Dès l’âge de 5 ans, il voulut l’imiter et fut à son tour initié au violon à l’école Suzuki d’Atlanta où il habitait. De 2002 à 2007, il étudia avec Almita et Roland Vamos au Music Institute de Chicago. Actuellement résident de Philadelphie, il poursuit ses études avec Ida Kavafian au Curtis Institute of Music où il est chef d’attaque des seconds violons du Curtis Symphony Orchestra. Benjamin Beilman a été lauréat de plusieurs concours aux États-Unis, dont deux en 2009 pour lesquelles il a obtenu le Premier Prix : Corpus Christi International Competition et Schmidbauer International Young Artist Competition. Malgré son jeune âge, il possède déjà une vaste expérience, autant comme soliste que comme chambriste. Il a été soliste invité de plusieurs orchestres, dont le Philadelphia Orchestra. Il se produit au festival de Marlboro depuis l’âge de 17 ans.

Un premier grand concours
Malgré une feuille de route impressionnante, le Concours Musical International de Montréal (CIMM) est le premier grand concours international pour Benjamin Beilman. L’aplomb qu’il affiche sur scène n’a pas toujours été si évident. Il a appris de son professeur à ne pas lutter contre le stress, mais à le laisser venir et à le transformer en énergie pour l’aider à se propulser. Se préparer mentalement et physiquement à trois épreuves musicales différentes était pour lui une nouvelle expérience. Avant une épreuve, il aime écouter de la musique de chambre, particulièrement Brahms, Dvorak et Schubert, interprétée par le Quatuor Guarneri, son quatuor favori. La profondeur de cet ensemble et son approche musicale le touchent au plus haut point. C’est ce son qu’il conserve à l’esprit avant d’entrer en scène. Un son qu’il continue de peaufiner avec son instrument dont il est spécialement fier. Du maître luthier napolitain Antonio Gagliano, le violon (1790?) est entre les mains de Benjamin grâce à un emprunt et au soutien financier de ses parents. Il a mis du temps avant de se faire l’oreille à la puissance et à la sonorité unique de ce violon. Deux ans plus tard, il commence seulement à tirer tout le potentiel de ce magnifique instrument. Il lui reconnaît un son riche, particulièrement dans le registre grave, mais il doit poursuivre sa démarche afin d’obtenir le timbre qu’il recherche dans l’aigu. Profondément attaché à son violon, il lui a donné le nom de Francesca, un « prénom féminin qui lui va bien », dit-il.

      Au sujet des œuvres interprétées, Benjamin Beilman porte une affection particulière à la sonate en sol majeur de Beethoven qu’il a jouée en demi-finale, une sonate qui passe d’une remarquable subtilité à une explosion d’émotions. Il considère l’œuvre canadienne imposée cette année, One for Solitude de Kelly-Marie-Murphy, comme une création imposante. Les violonistes Kremer, Grumiaux, Oïstrakh, Milstein et Ehnes sont ses préférés, de même que Augustin Hadelich, une étoile montante qui est aussi son ami.

Un avenir prometteur
Benjamin Beilman ne s’attendait pas à remporter cet important concours. Réfléchissant à son proche avenir, il remet maintenant en question ses projets pour l’automne, dont la compétition internationale de violon d’Indianapolis en septembre. S’engager si tôt dans un autre grand concours lui semble difficile. Il veut d’abord se donner un temps de réflexion et discuter avec son professeur avant de prendre une décision. Mais quelles que soient les avenues qui s’offrent à ce talentueux violoniste, elles devraient mener à une carrière internationale florissante. On se réjouit que Montréal ait participé à la découverte de cet artiste prodigieux qu’on souhaite revoir souvent sur nos scènes.


Une nouveauté cette année: toutes les épreuves (quart de finale, demi-finale et finale) ont été diffusées en audio-vidéo sur Espace classique et sont disponibles pendant 1 an au  http://www.radio-canada.ca/Espace_Musique/cmim2010/

                                                                                                                       
                            
 





ALEX BENJAMIN
Dans les pas d’un géant : un héritage lourd à porter

La Scena Musicale, juin 2010

Pur produit de l’éducation musicale du grand pédagogue qu’était le père Lindsay, Alex Benjamin a passé son enfance à baigner dans l’atmosphère du camp musical de Saint-Côme et du Festival d’été de Lanaudière. Il n’est pas surprenant qu’un concours de circonstances l’ait amené à occuper le poste d’adjoint au Père du Festival, au moment de la démission de Louise Forand-Samson en 2000. En novembre dernier, le conseil d’administration du Festival de Lanaudière annonçait officiellement sa nomination à titre de directeur artistique du Festival.

Du piano à la direction artistique
Alex Benjamin possède une solide formation musicale. Après un baccalauréat en piano de l’Université Laval, sous la direction de Robert Weisz et une maîtrise en interprétation de la State University de New York à Stony Brook avec Martin Canin, il a effectué des études de doctorat sous la direction de Gilbert Kalish. Au concours pour le Prix d’Europe, il a reçu le prix John Newmark en 1990 et 1991.

      À son arrivée au Festival en 1999, il a d’abord travaillé comme recherchiste-musicologue, rédigeant des notes de programmes, tout en occupant ses temps libres au transport d’artistes, ce qui lui permettait de faire des rencontres passionnantes. L’organisation du travail avec le Père Lindsay était vraiment une étroite collaboration, un échange d’idées, de goûts et d’intérêts communs. Alex s’occupait déjà des négociations avec les agents et travaillait en plus avec les chefs pour bâtir le répertoire. Le pouvoir décisionnel est venu graduellement et, en 2007, le Père Lindsay lui confiait l’entière responsabilité de la programmation des concerts et des choix artistiques. Si la transition n’a pas été trop grande avec la disparition du fondateur, c’est parce que les bases étaient déjà tellement solides. L’équipe du Festival a beaucoup travaillé pour développer un contexte propice à une découverte particulière de la musique. On y ressent une émotion palpable, grâce à la merveilleuse sonorité de l’amphithéâtre.
     
L’orientation du Festival
Alex Benjamin voue un amour indéfectible à cette région. Il adore les promenades en campagne entre les différentes églises pour assister à des concerts et il ne connaît pas de lieux plus extraordinaires pour écouter et découvrir la musique que l’amphithéâtre. Toute son ambition est maintenant centrée sur le Festival et il n’a plus de temps pour maintenir son niveau en piano. Ses goûts musicaux sont très diversifiés. Il avoue un grand intérêt pour le quatuor. Mais il hésite quand on lui demande ses compositeurs favoris. Très curieux, il aime faire des découvertes et varier les styles et les atmosphères. En dehors du Festival, il fait de la photo, se consacre à sa vie de famille et enseigne le piano à sa petite fille de six ans. 
      Pour le nouveau directeur artistique, une empreinte claire est l’orientation qu’il veut continuer à donner au Festival. Le choix est incontournable cette année, alors qu’on fête Chopin et Schumann. Mais il peut être coiffé d’un thème ou inclure un projet bâti autour d’un artiste. Alex aimerait aussi faire plus de chant choral dans les églises, par exemple un cycle Monteverdi. Mais ce qui compte avant tout, c’est qu’il maintienne une ambiance festive, faite d’une série d’événements qu’on ne retrouve habituellement pas durant l’année. Loin de se reposer sur ses lauriers, il veut continuer à être ambitieux. Son objectif idéal est d’obtenir la participation de très grands orchestres de l’étranger, tout en gardant une place privilégiée pour nos ensembles. « Ça dynamise le milieu et l’environnement musical quand on entend différentes interprétations. Un festival est là pour ça. » L’Orchestre symphonique de Pittsburgh et Die Deutsche Kammerphilharmonie Bremen ont répondu à son appel cette année, démontrant une reconnaissance du Festival comme lieu d’intérêts pour ces orchestres.  

Un défi et un rêve
Il n’est certes pas facile de marcher dans les pas d’un géant, d’une force de la nature comme le Père Lindsay. C’est un héritage lourd à porter, mais le grand visionnaire avait accordé toute sa confiance à ce jeune passionné et enthousiaste qu’il voyait comme son successeur. Si le Festival a perdu son créateur, il a trouvé un ardent défenseur dans ce directeur artistique qui veut continuer d’étonner le public, en rêvant de toujours faire grandir le Festival. Tout un défi ! Alex Benjamin fera tout en son pouvoir, avec l’aide de sa dynamique équipe, pour que survive l’âme du Père Lindsay et que grandisse le grand projet de sa vie.

dimanche 28 mars 2010














MATHIEU GAUDET 
Une carrière hybride : musique et engagement social

La Scena Musicale, avril 2010

« Le musicien est quelqu’un à qui l’on peut s’en remettre pour dispenser de l’apaisement à son prochain, mais il est aussi un rappel de ce qu’est l’excellence humaine » Cette définition de Yehudi Menuhin peut-elle mieux s’appliquer qu’à un musicien qui décide, en plus de sa carrière musicale, de travailler au soulagement de la souffrance humaine ? C’est le choix qu’a fait Mathieu Gaudet en projetant de mener de front la carrière de pianiste et de médecin.

L’évolution du musicien : un hasard qui fait parfois bien les choses 
L’histoire débute de façon habituelle. Un petit garçon suit des cours de piano au Conservatoire de Rimouski. La chance le favorise en lui donnant un excellent professeur. C’est à Sœur Pauline Charron qu’il attribue cet amour de la musique qui marquera le reste de sa vie. À l’âge de 20 ans, il quitte Rimouski pour aller étudier à l’Institut Peabody de Baltimore avec Julian Martin, aujourd’hui professeur à Juilliard. De retour au Canada, il travaille à Toronto avec Marc Durand et André Laplante et obtient ensuite son doctorat en piano à Montréal avec Paul Stewart. Intéressé par la direction d’orchestre, il obtient en plus une maîtrise dans cette discipline avec Jean-François Rivest.
      Depuis 1997, Mathieu Gaudet a participé à de nombreux concours et accumulé les récompenses, dont six premiers prix. Comme demi-finaliste au Concours Musical International de Montréal en 2004, il fut le « coup de cœur » du pianiste Jean-Philippe Collard. Artiste reconnu à travers le Canada et les États-Unis comme soliste et chambriste, il a joué sous la direction de chefs réputés comme Gustav Meier à Baltimore et Leon Fleisher à Toronto. Cofondateur en 2003 du 1er festival Gros Morne Summer Music à Terre-Neuve, il y a donné une vingtaine de récitals.

Une carrière musicale bien amorcée
La saison dernière a été particulièrement prolifique pour Mathieu Gaudet. En novembre 2008, après une tournée de récitals et de cours de maître en Inde, il a lancé son premier album, les 24 Préludes de Rachmaninov. Pianiste résident au festival Concerts aux Ìles du Bic à l’été 2009, il donnait l’automne suivant à Winnipeg, avec le violoniste Jean-Sébastien Roy, un récital capté par CBC Radio 2. Au dernier gala des prix Opus en janvier 2010, Mathieu Gaudet accompagnait la soprano Karina Gauvin. Il vient de terminer une tournée de deux semaines dans l’Ouest canadien en compagnie de Jean-Sébastien Roy.
      Le pianiste ouvrira Les Journées Schumann1 au Musée des beaux-arts de Montréal le 30 avril. Ce compositeur lui étant particulièrement cher depuis longtemps, il en parle avec enthousiasme et anticipe ce concert avec un plaisir évident. Il avoue porter une grande admiration à certains musiciens romantiques reconnus pour leur œuvre pianistique. « Un bon pianiste doit être capable de jouer Chopin et Rachmaninov », lui disait Marc Durand. Toutefois, quand on lui demande quels musiciens l’ont influencé, il mentionne les chefs d’orchestre Philippe Herreweghe et Bernard Labadie, reconnus pour leur approche vivante et authentique de la musique baroque. On comprend alors les motivations qui l’ont poussé à s’intéresser à la direction d’orchestre.
     
La médecine : un appel vers une action sociale
À 27 ans, au moment de son doctorat en piano, Mathieu Gaudet commence à s’intéresser à des mouvements d’action sociale. Poussé par le besoin de s’impliquer personnellement, le musicien décide d’ajouter une seconde carrière à un horaire déjà chargé : il sera aussi médecin. Inscrit à la faculté de médecine, il se retrouve, comme membre du Comité d’action sociale internationale (CASI), en route pour deux mois vers le Kenya, afin d'apprendre ce qu’est la pratique de la médecine dans les pays en voie de développement. Des moments difficiles de travail ardu sous le soleil tropical, mais une expérience enrichissante qui lui servira toute la vie. Mathieu Gaudet obtiendra son doctorat en médecine cette année et commencera sa résidence en médecine familiale à partir de juillet, dans un hôpital montréalais ou dans un CLSC.
      Ce n’était pas le plan de carrière de Mathieu Gaudet de jouer sur les deux tableaux. D’un côté la vie d’un artiste, avec un horaire bousculé, des déplacements continuels et des pratiques rigoureuses de l’instrument; de l’autre côté, celle du médecin dont les nombreuses occupations laissent peu de temps libre. Il faut une grande force de caractère et un sens aigu de l’organisation pour arriver à mener de front ces deux carrières exigeantes.



Pianiste et médecin : une question d’organisation
« La seule façon de concilier les deux carrières, » selon Mathieu, « c’est de fonctionner par projet. Au moment d’une période musicale importante, il faut mettre la médecine en veilleuse pour un moment et se concentrer sur la pratique de l’instrument, de 5 à 6 heures par jour. Par contre, quand un projet médical est annoncé, c’est la musique qui est alors mise en veilleuse. Maintenir une heure ou deux de pratique par jour peut alors faire vraiment la différence. Le plus important en musique est de faire travailler l’oreille plutôt que les doigts. Ça demande une grande concentration d’énergie, mais c’est quelque chose qu’on peut faire partout, avec ou sans partition. Se concentrer sur une pièce et la modeler dans l’oreille. »
      À 33 ans, Mathieu Gaudet navigue déjà allègrement entre ses deux carrières avec une facilité déconcertante, coiffant à tour de rôle le chapeau de musicien et celui de médecin. Né sous une bonne étoile, il croit qu’il est possible de nourrir sa passion artistique tout en se mettant au service de la communauté. « Il faut aimer le plus possible », dit-il, « aimer la musique, aimer la jouer et l’exprimer et aimer les patients. » Si on se base sur les résultats qu’il a obtenus à ce jour, nul doute que le musicien-médecin possède les qualités nécessaires pour réussir ce tour de force. Une personnalité exceptionnelle à suivre.





vendredi 5 mars 2010

FRANÇOIS RACINE, METTEUR EN SCÈNE
Un créateur à l’imagination débordante

L’Opéra de Seattle l’a nommé en juillet 2009 « Artist of the Year » pour la direction artistique de la double production Le Château de Barbe-Bleue / Erwartung qui a contribué au succès de sa saison ;

Il avait participé à la création de cette œuvre de Robert Lepage à Toronto en 1993 et en a assumé la reprise à l’Opéra de Montréal en 2004 ;

Créateur infatigable, il a réalisé de nombreuses mises en scène d’opéra depuis le début des années 1980 et il s’apprête à monter La Tragédie de Carmen au Studio de l’Opéra McGill en mars prochain, avant de se rendre à Victoria diriger Cosi fan tutte, suivi de Didon et Énée en Suisse ;

Passionné de son métier de metteur en scène, il préfère avant tout la direction d’acteurs et trouve un grand plaisir dans l’écriture de spectacles pour les jeunes, comme Annabelle Canto qu’il a conçu pour les Jeunesses Musicales et dont il écrit présentement la suite.

Du théâtre à l’art lyrique
Metteur en scène au théâtre, c’est tout à fait par hasard que François Racine arrive à l’opéra au début des années 1980, alors qu’il accepte la mise en scène des Bavards à l’Opéra Comique du Québec. Il y a laissé sa marque d’artiste enthousiaste et visionnaire, rivalisant d’audace et d’imagination pour créer sans cesse des éléments de surprise, mélangeant les styles, en passant de la comédie bouffonne au drame avec un égal bonheur. 

Intéressé à l’art vocal, particulièrement au chant choral, il apprend vers 1988 que le Canadian Opera Company de Toronto fait des auditions à travers le Canada pour dénicher un apprenti metteur en scène. François Racine obtient le poste tout en continuant sa collaboration avec l’Opéra Comique. C’est par le biais de ce stage qu’il s’intéresse vraiment à la mise en scène d’opéra. Il travaille alors avec Robert Lepage pour Le Château de Barbe-Bleue de Bartok / Erwartung de Schoenberg. Après la création à Toronto en 1993, Racine en a plus d’une fois assumé la responsabilité. On lui a confié les reprises de ce doublé aux festivals d’Édimbourg, de Melbourne et de Hong Kong, ainsi que dans plusieurs villes du Canada, dont celle de l’Opéra de Montréal qui nous a livré là une des soirées les plus passionnantes de son histoire. Entre-temps, François Racine signe des mises en scènes d’opéra à Québec, Toronto, Vancouver, Victoria, Edmonton, Halifax, Montréal, Los Angeles, Hong Kong et Cincinnati. Sa collaboration avec Robert Lepage lui a ouvert les horizons du point de vue esthétique et lui a permis de mieux comprendre son processus de création et sa façon de travailler.

C’est dans le contexte de l’art lyrique qu’il a coopéré à maintes reprises avec Kent Nagano et l’Orchestre symphonique de Montréal, afin de mettre en place des versions concerts du répertoire de l’opéra. Il a fait de même avec Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre Métropolitain pour la mise en scène de La Clemenza di Tito au Centre d’arts d’Orford.  

La direction de chanteurs et l’écriture
C’est à titre d’auteur et de metteur en scène, suite à la demande du Harbourfront Festival de Toronto, que François Racine a conçu le spectacle « Tribute to Robert Lepage », présenté en octobre 2001 dans le cadre de leur festival World Leaders. Il a aussi remanié et adapté une dizaine de livrets d’opérette qui furent présentés dans la région de Montréal.

Racine est régulièrement invité à travailler avec de jeunes chanteurs, entre autres au Conservatoire de Musique de Montréal et à l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Montréal. Pendant plusieurs saisons, il dirige les productions d’Opéra McGill, où il enseigne le jeu dramatique depuis 2008. Sa mise en scène de Louis Riel lui a valu le prix Opus « Meilleure production de l’année 2005 ». Présenté au Théâtre Maisonneuve avec l’Orchestre symphonique de McGill, dirigé par Alexis Hauser, le drame Louis Riel est une composition de Harry Somers, d’après un livret de Mavor Moor, écrit en collaboration avec Jacques Languirand. L’œuvre a été créée au O’Keefe Centre de Toronto en 1967, sous la direction de Victor Feldbrill, avec la basse Joseph Rouleau interprétant Monseigneur Taché. Cette représentation a été suivie de sept autres, dont deux durant l’Expo ’67 à Montréal.

Toujours passionné de théâtre, François Racine aime écrire, mettre en scène et produire des pièces sous forme d’opéra destinées au jeune public. Avoir directement la réaction du public lui procure un grand plaisir. Plusieurs de ses pièces ont été produites par les Jeunesses Musicales du Canada qui lui ont récemment commandé une suite à Annabelle Canto. Toujours en tournée dans le réseau, ce spectacle a aussi obtenu en 2005 un Prix Opus pour le « Meilleur spectacle Jeune Public ». La même année, on lui a décerné un troisième Prix Opus pour Bach to Tango, « Événement musical de l’année, région » (Centre d’Art d’Orford, Festival de Lanaudière). Une année prolifique!

La concrétisation de l’expérience et des rêves
En juillet 2009, tel que mentionné au début du texte, François Racine a été nommé « Artist of the Year » à l’Opéra de Seattle. Ce prix a été créé en 1991 afin d’honorer l’individu (chanteur, chef d’orchestre, metteur en scène ou scénographe) qui a fait la plus importante contribution au succès de la saison. Le directeur général Speight Jenkins reconnaît que la réussite de cette production a été rendue possible grâce à l’implication du metteur en scène et à son travail remarquable avec les trois chanteurs.

D’après Racine, la force et l’imaginaire des créateurs québécois ont permis de redéfinir diverses formes d’expression. L’opéra, jusqu’à très récemment, n’a pas profité de cet essor créatif. On fait maintenant du cirque sans animaux, du théâtre d’une façon différente. « Il suffit de se rappeler Vie et mort du roi Boîteux de Ronfard, un cycle totalisant 15 heures, une spectaculaire aventure créée en1981 avec trois fois rien, mais qui a pourtant marqué l’histoire du théâtre au Québec ». Racine aimerait ouvrir une porte dans ce sens pour l’opéra : produire des œuvres sous la forme d’opéra, avec des compositeurs d’ici et des moyens modestes; rendre l’opéra abordable, le synthétiser, surprendre le public.

Depuis de nombreuses années, François Racine, dont la grande force est la direction d’acteurs, prépare les chanteurs pour des auditions, des récitals ou des concerts, afin de les aider au point de vue de l’interprétation et du jeu scénique. Il croit que cet aspect du développement du chanteur est mal compris et mal enseigné dans la plupart des institutions. L’essence de l’opéra est le chanteur. La qualité et l’expressivité de la voix ne sont pas suffisantes si le jeu scénique est maladroit et non convaincant.

Soucieux du développement du chanteur comme comédien, François Racine travaille présentement à mettre sur pied un centre d’entraînement qui permettra au chanteur d’opéra de perfectionner son jeu scénique. Pour l’instant à l’état embryonnaire, L’Opéra Lab de Montréal vise à devenir une sorte de complément à ce qu’offrent les maisons d’enseignement de la musique. Bien que les choix esthétiques et pédagogiques soient déjà clairs pour lui, le metteur en scène est en réflexion sur les moyens à prendre pour concrétiser son projet.


Renée Banville