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lundi 5 novembre 2012


PHILIPPE SLY
Une nouvelle comète au firmament de la scène lyrique
La Scena Musicale - juillet-août 2012

 Voix superbe, allure de jeune premier et charisme étonnant : le baryton-basse Philippe Sly a rapidement séduit une bonne partie du public du Concours Musical International de Montréal (CMIM). Celui-ci était néanmoins loin de se douter que le jeune chanteur allait rafler presque tous les prix.
    
La dernière année avait déjà été des plus fastes pour l’artiste de 23 ans : lauréat 2011 des célèbres Auditions du Conseil national du Met de New York, Révélation classique de Radio-Canada 2011-2012, prix Jeune Soliste des Radios francophones publiques. Philippe Sly avait choisi pour le CMIM des œuvres de styles différents, chantées avec sobriété, espérant que sa personnalité transparaîtrait à travers son interprétation, n’hésitant pas à terminer sa prestation sur une page méditative de la Passion selon Saint-Mathieu de Bach.

Voix et expression corporelle – un intérêt qui n’a jamais faibli

     Ayant grandi à Ottawa, d’une mère originaire de La Tuque au Québec et d’un père de Gananoque en Ontario, le chanteur a toujours été intéressé par la combinaison de la voix et de l’expression corporelle. Dès la tendre enfance, il était déjà un showman. Vêtu d’un habit noir, d’un chapeau et de gants, il chantait et dansait en imitant son idole Michael Jackson, À l’âge de sept ans, il a pu étudier le théâtre, aussi bien que la musique, tout en s’initiant à l’opéra. C’est à McGill qu’il s’immergea complètement dans ce monde fabuleux. L’apprentissage du cinéma a aussi nourri son intérêt pour la scène. Chaque vendredi, les enfants de la famille Sly devaient écouter un film choisi par le père et le commenter. Il se rappelle aujourd’hui combien la voix de baryton d’Orson Welles et celle de Laurence Olivier dans Shakespeare ont meublé son imaginaire : « de la musique pour ses oreilles ».

L’évolution du chanteur et de l’acteur : une progression réfléchie

Philippe vient de compléter un baccalauréat en interprétation vocale. « Mon professeur en technique vocale à McGill, Sanford Sylvan, est unique. Son approche est différente avec chaque étudiant. Sans imposer sa technique, il aide le chanteur à découvrir sa personnalité et le son naturel de sa voix » À son arrivée, il y a quatre ans, son registre vocal alternait entre contre-ténor et basse. L’année suivante, on lui attribuait le rôle de Nick Shadow, le baryton dans The Rake’s Progress de Stravinski, répertoire excitant, mais particulièrement exigeant. Le critique Claude Gingras notait, au sujet du nouveau venu : « Un interprète se détache nettement de l'ensemble et vaut finalement tout le spectacle: Philippe Sly, en Nick Shadow portant tricorne et verres fumés et bougeant avec la rapidité d'un serpent. La voix de baryton et l'aisance en scène sont déjà celles d'un grand professionnel. Étonnant. » Il campa ensuite le rôle de Marcello dans La bohème, un grand défi pour lui.

Dès qu’il entre en scène, impossible de ne pas remarquer l’importance chez lui de l’expression corporelle qu’il a beaucoup observée au théâtre et au cinéma. « Toutes les expressions sont perceptibles au cinéma, ce qui n’est pas le cas au théâtre et à l’opéra, explique-t-il. Il faut beaucoup de concentration pour arriver à exprimer ce que l’on veut dans un simple haussement de sourcils. Il n’y a pas de trucs. Quoique l’on t’enseigne, il faut toujours passer du temps à faire une recherche personnelle.»

Malgré l’expérience acquise cette année avec l’ensemble lyrique du Canadian Opera Company à Toronto, Philippe préfère se montrer prudent côté répertoire. Il choisira donc d’abord Mozart, Haendel, Britten et Donizetti, plutôt que Verdi. Il rêve toutefois d’incarner un jour le personnage fuyant de Don Giovanni, en espérant en saisir le caractère, ainsi que celui eu Billy Budd.
D’ici là Philippe sera de la distribution de Das Labyrinth au Festival de Salzburg cet été et fera ses débuts à l’Opéra de San Francisco en juin 2013 dans Cosi Fan Tutte de Mozart, dans le rôle de Guglielmo. L’amorce d’une carrière qui s’annonce florissante !      


ENCADRÉ
Philippe Sly enregistrera son premier album en septembre avec le pianiste Michael McMahon pour la maison de disques Analekta. On pourra entendre le Dichterliebe, 4 poèmes du compositeur français Guy Ropartz, d’après le même Intermezzo lyrique de Heinle ayant inspiré Schumann. Don Quichotte à Dulcinée de Ravel et Three Tennyson Songs, écrites pour lui par son ami le compositeur anglais Jonathan Dove. Un deuxième CD des Cantates de Rameau avec la soprano Hélène Guilmette, le claveciniste Luc Beauséjour et un petit ensemble suivra la version donnée en concert le dimanche 30 septembre à la salle Bourgie.



mercredi 27 juin 2012



LA FEMME AUX SEMELLES DE VENT
Road opéra inspiré d’une expédition au Tibet

Passionnée de voyages, Alexandra David-Néel effectua en 1924, une expédition à la fois dangereuse et clandestine sur la terre du Tibet jusqu’à Lhassa, capitale interdite. Plusieurs fois refoulée, la « femme aux semelles de vent » s’était finalement déguisée en mendiante pour y entrer, en compagnie d’un jeune moine qu’elle a adopté par la suite. Elle fut la première femme occidentale à pénétrer dans la ville sainte. Ayant vécu plus de cent ans (1868-1969), elle fut tour à tour cantatrice, journaliste, féministe, bouddhiste, écrivaine et philosophe. C’est l’extraordinaire expédition de cette exploratrice déterminée que Chants Libres a choisi de raconter dans Alexandra, son 14e opéra, conçu et mis en scène par Pauline Vaillancourt, sur une musique originale de Zack Settel, d’après un livret inédit de Yan Muckle.

Le choix d’un personnage
« Créer une œuvre, c’est lui donner son souffle, offrir une voix à un personnage », a dit Pauline Vaillancourt. Elle l’avait déjà fait en 1997 avec Frida Khalo (Yo soy la desintegracion). « J’ai choisi cette fois-ci Alexandra David-Néel, un personnage étonnant. Elle a depuis longtemps suscité ma curiosité en accomplissant, au début du 20e siècle, des exploits qu’aucune femme n’avait réussis à cette époque. Seule femme dans un monde d’homme, elle devait diriger des expéditions dans des conditions extrêmement difficiles. Celles qu’elle a entreprises au Tibet montrent bien sa détermination à réaliser ses rêves. »
      Féministe, Alexandra David-Néel menait une vie libre. Chanteuse d’opéra, elle a fait des tournées dans le monde entier. Les voyages demeuraient sa grande passion. Au bruit des bravos, elle préférait l’écho des gongs tibétains. En 1911, elle quitte son mari pour s’envoler en Extrême-Orient et en Asie centrale, d’où elle lui écrira de nombreuses lettres, publiées après sa mort dans son Journal de voyage. Elle ne retrouvera sa famille qu’en 1925. La plus grande partie de sa vie a été consacrée à l’exploration et à l’étude des peuples d’Asie, de leurs philosophies et de leurs langues. Elle a pu ainsi traduire des manuscrits écrits en tibétain et en sanscrit. Elle a publié de nombreux livres, dont le dernier en 1964, cinq ans avant sa mort. Même si elle avait de la difficulté à se déplacer dans les dernières années, Alexandra David-Néel a fait renouveler son passeport à l’âge de 100 ans. « La persévérance dans l’effort est une qualité qui manque beaucoup à la nouvelle génération » remarque Pauline Vaillancourt.

L’importance du lien entre les créateurs
En 2010, Pauline Vaillancourt a passé sept semaines au Tibet, en compagnie du librettiste Yann Muckle. Au retour, elle a fait la conception du spectacle, pendant que Muckle commençait le livret. Le compositeur Zack Settel s’est joint à l’équipe peu après. À mesure que se développait le projet, la conception vidéographique a été confiée à Jean Décarie, connu également sous le pseudonyme de Neam Cathod. Véritable artiste multidisciplinaire, homme-orchestre de la vidéo, il devait élaborer une conception à partir des images tournées par Vaillancourt et Muckle. Pour situer l’action, il fallait imaginer un lieu qui suggère les hauteurs de l’Himalaya. L’œuvre de l’artiste Jocelyne Alloucherie explore de manière conceptuelle et poétique des notions relatives à l’image et au lieu. C’est elle qui signe la scénographie des glaciers sur lesquels seront projetées les images. Les personnages de la production se déplacent continuellement, ce qui justifie qu’on la qualifie de « road opéra ». C’est aussi un opéra de chambre, si on considère que huit chanteurs et six musiciens sont sur scène. Pauline Vaillancourt s’est réservé le rôle de l’exploratrice à 90 ans. Elle y raconte l’histoire de la fabuleuse expédition.
      À l’occasion des 20 ans de Chants Libres, Pauline Vaillancourt reconnaissait qu’il est de plus en plus difficile de convaincre les gens de prendre un risque pour assister à une nouvelle création contemporaine. Elle voudrait leur dire : « Soyez déstabilisés, venez voir! » Elle veut parler à l’imagination des gens, afin qu’ils reçoivent une charge d’émotions différentes de celles qu’ils reçoivent tous les jours. La collaboration entre tous les concepteurs est un élément essentiel pour que tout s’imbrique, afin que l’œuvre touche le public. Une grande latitude est laissée aux créateurs. Yann Muckle déclarait l’an dernier à LSM : « Pauline veut vraiment explorer, entrer dans un nouveau territoire. Elle respecte les univers de chacun et les unifie dans une même vision. »

Pour mieux connaître Alexandra David-Néel, Pauline Vaillancourt recommande les lettres adressées à son mari, de 1918 à 1940 : Journal de voyage (en deux volumes, Paris, Plon, 1976) et Voyage d’une Parisienne à Lhassa (Paris, Plon, 1975). Les nombreux manuscrits rapportés par  l’exploratrice  sont conservés au musée Guimet à Paris et à sa maison de Digne-Les-Bains en Provence, un centre culturel qui porte son nom. http://www.alexandra-david-neel.org/  


jeudi 2 juin 2011

PRIX D’EUROPE 2011
Une cure de rajeunissement pour le centenaire

Véritable joyau du patrimoine culturel au Québec, le prestigieux concours du Prix d’Europe célèbre cette année son centenaire. Wilfrid Pelletier, Jacques Hétu, Colette Boky et Chantal Juillet sont quelques-unes des personnalités renommées du domaine musical au Québec, qui ont remporté ce prix permettant de parfaire une formation musicale en Europe. Cette vénérable institution a fait peau neuve pour présenter un concours mieux adapté au 21e siècle et permettre aux lauréats d’avoir une plus grande ouverture sur le monde.                                                                                                                                             
UNE RESTRUCTURATION DE FOND EN COMBLE
Fondée en 1870 par décret de la Reine Victoria, l’Académie de musique du Québec se voulait une première tentative de normaliser la formation musicale dans la province de Québec. C’est donc à elle que le gouvernement confie en 1911 l’administration du Prix d’Europe. Le nombre de participants étant en progression, il devenait important que les règles établies par l’Académie soient revues et mieux adaptées à la situation actuelle. Il y a deux ans, la pianiste Lise Boucher, elle-même récipiendaire du Prix d’Europe en 1958, présidente de l’Académie et responsable du concours, a décidé de s’attaquer à la restructuration de l’institution. Pour la seconder dans cette tâche difficile, elle a fait appel à l’impresario Michel Buruiana, un passionné des arts et de la culture qui possède une vaste expérience des affaires et du domaine culturel, maintenant président du comité d’honneur et conseiller spécial au sein du conseil d’administration de l’Académie.                              

UNE ÉTAPE DE PLUS DANS LE DÉROULEMENT DU CONCOURS   
Il n’est pas facile pour un jury de comparer instrumentistes et chanteurs. La sélection préliminaire se fait à partir de l’audition d’un disque compact d’une durée de 25 à 30 minutes par un jury formé de trois membres. Par la suite, un récital de 50 à 55 minutes devant jury devient demi-finale du concours. À l’épreuve finale, ajoutée cette année pour la première fois, quatre finalistes doivent présenter un récital de 30 à 40 minutes, Durant ces deux épreuves devant public, 34 candidats seront entendus dans les disciplines suivantes : piano, violon, violoncelle, guitare, saxophone, clarinette, trombone, trompette, hautbois, percussion et chant.       
                                               
DES PRIX PLUS NOMBREUX  
Cette année, les lauréats se partageront près de 65 000 $, soit presque deux fois le montant de l’an dernier. Chaque finaliste recevra un prix de 5 000 $. Le récipiendaire du Prix d’Europe remportera 30 000 $ et le lauréat du Prix John Newmark 9 000 $. D’autres prix s’ajoutent : le Prix Hedwidge Buruiana (1 000 $), le Prix Monik Grenier (1 000 $) et le Prix de composition Fernand-Lindsay 2011. Cette bourse de 10 000 $ est offerte par la Fondation Père Lindsay aux deux ans. En plus, deux prix de journalisme musical seront créés, dont le Prix Frédéric-Pelletier, nommée en l’honneur de l’un des pionniers du journalisme musical. Ce prix sera accordé au journaliste qui aura retenu l’attention du jury par un article exceptionnel. L’an prochain, pour répondre à la grande demande dans les conservatoires et les universités, un prix sera attribué dans la nouvelle discipline de jazz classique.                                                                                                            
DE GRANDS PROJETS POUR REDORER LE BLASON DU PRIX
Pour que l’Académie de musique du Québec et le Prix d’Europe retrouvent le lustre et la renommée qu’ils méritent, il fallait de grands projets. Les idées foisonnent dans la tête des organisateurs qui souhaitent marquer avec éclat le centenaire de l’institution. Ils ont d’abord invité de grandes personnalités pour former un Comité d’honneur, des chefs de file dans des milieux variés, qui croient à l’importance du Prix. On y retrouve, entre autres, des grands noms du domaine des arts et d’autres provenant de professions libérales. On y compte aussi deux Grands Ambassadeurs : le chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin et Pierre-Henri Deleau, une sommité dans le monde du cinéma.                                                                
            Une exposition de 70 photos de lauréats se tiendra à la Chapelle historique du Bon-Pasteur durant le concours. De plus, le clarinettiste et ondiste Jean Laurendeau publiera un livre documentaire au cours de l’année. Mais là ne s’arrête pas le rêve des organisateurs qui espèrent voir l’éclosion d’un Musée de la musique, un temple de la renommée qui suivra l’évolution de la musique au Québec. « Un voyage éducatif fabuleux pour la jeunesse! » déclare Michel Buruiana.                                                                                                                         
UN ATOUT IMPORTANT DANS LA VIE DES LAURÉATS
Récipiendaire du Prix d’Europe 1986, le pianiste Jean Saulnier a fait partie du jury de l’édition 2005. « Encore aujourd’hui, dit-il, le Prix d’Europe est porté par cet héritage prestigieux qui témoigne à travers le temps de l’importance de la musique chez nous tout en permettant aux jeunes de s’inscrire dans une continuité inspirante. Le Prix d’Europe m’a été très utile comme à tous les lauréats qui sont en début de carrière en me permettant d’avoir accès aux conseils des meilleurs professeurs. Les gestes que j’ai pu poser alors, grâce à ce soutien, déterminent aujourd’hui mes activités de professeur et d’interprète. » Violon-solo à l’OSM depuis 2008 et détenteur du prix en 1997, Olivier Thouin affirme : « C’est surtout le point de départ qui a servi a me faire connaître, pour que mon nom circule davantage. » Pour sa part, la soprano Marie-Danielle Parent remarque : « Ce prix m’a apporté la reconnaissance de mes pairs en tant que musicienne et artiste : j'ai remporté ce prix en 1980 contre tous les autres instrumentistes. Je crois bien être la seule chanteuse qui a remporté ce prix. » Effectivement, depuis cette date, aucun Prix d’Europe n’a été accordé en chant.
      La présidence d’honneur de la 100e édition a été confiée au claveciniste et organiste Kenneth Gilbert, lauréat du Prix d'Europe pour orgue en 1953. Les autres membres du jury sont : Jean-Marie Poupelinprofesseur de hautbois au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, Yuriko Naganuma, violon solo de l'Octuor de France, Christophe Guiot, violoniste au Théâtre National de l’Opéra de Paris, Nicole Lorange, soprano, tête d’affiche au Metropolitan Opera pendant plusieurs saisons, Rachel Martel, pianiste répétitrice à la Faculté de musique de l’Université Laval et Gabriel Thibaudeau, compositeur et pianiste. Les compositeurs Denis Gougeon, John Rea et Ana Sokolovic seront les membres du jury dans la catégorie composition.  

      Les organisateurs ne ménagent pas leurs efforts afin d’assurer la pérennité d’un concours indispensable à l’élargissement des horizons pour les jeunes musiciens. Le Gala du centenaire aura lieu à la Salle Claude-Champagne le 12 juin. On promet une agréable soirée de musique avec, en deuxième partie, Marin Naturisca, Michel Donato et un groupe de jazz. Que la fête commence pour que continue de briller ce joyau de notre culture!

Du 5 au 10 juin à la Chapelle historique du Bon-Pasteur, http://www.prixdeurope.ca/index.htm




            

lundi 21 février 2011

ÉLISE PARÉ-TOUSIGNANT
reçoit le Prix Opus Hommage 2011 

Pédagogue enthousiaste et gestionnaire dynamique, Élise Paré-Tousignant a contribué de façon importante à l’essor de la musique au sein de la société québécoise, en tant que professeure, administratrice, directrice artistique et citoyenne engagée au sein de plusieurs organismes musicaux. La vie l’a souvent placée au bon endroit au moment des grandes décisions, alors que tout restait à faire. Travailleuse infatigable, elle réussit à communiquer sa passion pour la musique à tous ceux qui la côtoient. Le Conseil québécois de la musique a choisi de rendre hommage cette année à cette pionnière du milieu musical en lui décernant le prix Opus Hommage 2011.              

L’enseignement de la musique : une question de choix
Élise Paré-Tousignant est née à Deschambault, une petite municipalité sur les rives du fleuve entre Québec et Montréal. Très tôt initiée à la musique par sa mère, organiste à l'église du village pendant plus de soixante ans, c’est du côté de la famille de son père que lui est venue la passion d’enseigner. Dès l’enfance, elle chantait déjà dans les chorales, assistait le professeur de musique et étudiait le piano. La carrière d’interprète, difficilement envisageable à cette époque, n’a jamais été une option pour la jeune pianiste qui a étudié à Québec, au Conservatoire et à l’Université Laval.
      Pionnière de l’enseignement de la musique au secondaire, elle participe à la formation des enseignants dans le cadre du nouveau baccalauréat en éducation musicale. Pendant sa carrière à l’Université Laval, elle enseigne la formation auditive tout en assumant diverses fonctions administratives, notamment celles de doyenne de la Faculté des arts et de vice-rectrice aux ressources humaines. Multipliant ses interventions dans les organismes musicaux, elle participe à plusieurs conseils d’administration. Lors de la création des cégeps en 1968, elle est de ceux qui participent à la création de l’option musique du cégep Ste-Foy, à la suite d’une entente avec l’Université Laval.

Les grands défis : le Domaine Forget et le Palais Montcalm
En 1993, elle accepte de joindre le Domaine Forget, à la demande de son directeur, Françoys Bernier, affecté par la maladie. À son décès, à peine deux semaines plus tard, Élise Paré-Tousignant assumera la direction artistique de l’institution. La première rencontre avec le conseil d’administration a lieu le lendemain des funérailles et le dépôt du rapport pour construire une salle de concert est à l’ordre du jour. Un défi majeur! Il faut poursuivre l’œuvre de Françoys Bernier se poursuive. La construction de cette nouvelle salle a été un facteur décisif pour la vie musicale dans la région. De cette aventure, Paré-Tousignant ne garde que de beaux souvenirs. « C’est un site magique sur le bord du fleuve, dit-elle. Il faut y vivre pour réaliser à quel point c’est un lieu extraordinaire pour faire de la musique. »
      En1997, au moment où se dessine la nouvelle vocation du Palais Montcalm, elle devient membre du conseil d’administration de la Société du Palais Montcalm. Un autre défi de taille est relevé, avec le résultat qu’on connaît : Charlevoix et Québec possèdent les deux meilleures salles de concerts du Québec.
      Le premier concert dans la nouvelle salle du Domaine Forget, avec le flûtiste Alain Marion et les Violons du Roy, sous la direction de Bernard Labadie, demeure un moment mémorable. Un événement émouvant qu’elle a eu la chance de revivre au Palais Montcalm, cette fois encore avec les Violons du Roy et la Chapelle de Québec. « C’est toujours un sentiment extraordinaire, quand la musique résonne pour la première fois dans une salle! »                                                                                                                 
Implication communautaire
De 2001 à 2005, elle est du Conseil québécois de la musique (CQM). « C’est une organisation extrêmement importante, un point d’ancrage pour les musiciens, quelle que soit leur forme d’expression musicale. » En 2003, à la demande de la ministre de la Culture et des Communications du Québec, un comité qu’elle préside fait la tournée d’évaluation des écoles de musique, des écoles de danse, des camps musicaux et des orchestres de jeunes au Québec. Une tournée qui a été fle préalable à la levée du moratoire sur le financement de ces institutions.
      Citoyenne engagée dans sa communauté depuis toujours, Élise Paré-Tousignant a communiqué sa passion de la musique à toute la population. Elle a le souci de la mise en valeur du patrimoine musical religieux, pour lequel elle a suscité un véritable engouement. Elle fait partie des membres fondateurs de l’École de musique Denys Arcand et du comité de direction artistique pour l’intégration des arts dans des lieux patrimoniaux.                     

L’importance de la musique dans notre quotidien
La carrière de Mme Paré-Tousignant a été jalonnée de distinctions. En 2006, elle est devenue Officier de l’Ordre national du Québec. Sa principale réalisation? « Il est difficile de choisir, dit-elle, chaque projet étant important, même s’il n’est pas spectaculaire. »                                                                  


lundi 17 janvier 2011

CINQ ORGANISTES AU SERVICE DE WIDOR
Entrevue avec Jacques Boucher

La Scena Musicale, octobre 2010

Dans les petits villages du Québec au XXe siècle, la musique d’orgue et le chant grégorien ont bercé l’enfance de la pluparT. Les municipalités étant dépourvues de structures culturelles, la vie musicale était concentrée dans les églises. « En fait », dit Jacques Boucher, titulaire de l’orgue Casavant de l’église Saint-Jean-Baptiste de Montréal depuis 1986, « l’espace symphonique du village, c’était l’église avec son orgue et son chant grégorien. C’était le lieu de culture, le lieu municipal où tu pouvais entendre de la musique ». Natif de Saint-Pascal de Kamouraska, il avait hâte au dimanche pour aller entendre le chant grégorien à l’église où son père a chanté la messe pendant 50 ans.

      En 1995, à l’occasion du 150e anniversaire de naissance de Charles-Marie Widor et du 115e anniversaire de fondation de Casavant Frères, facteur d’orgues de Saint-Hyacinthe, l’intégrale des dix symphonies pour orgue de Widor fut donnée par cinq organistes différents dans cinq villes du Québec. Cette activité a eu lieu grâce à Jacques Boucher qui a fondé en 1984, avec l’organiste Antoine Reboulot, l’association « Les grandes heures de l’orgue symphonique français ». Le CD "découverte" de ce mois-ci nous propose un mouvement de chaque symphonie interprété par ces organistes.

Un génie musical méconnu
Charles-Henri Widor est décédé en 1937 à l’âge de 93 ans. Nommé organiste à l’église Saint-Sulpice de Paris à l’âge de 26 ans, il y demeura durant 64 ans. Il fut aussi professeur au Conservatoire de Paris et compte parmi ses élèves de nombreux compositeurs de renom et la plupart des organistes influents de France. Compositeur prolifique, il est connu également comme chef d’orchestre, auteur et critique musical. Toutefois, malgré l’importance de sa production et les différents postes qu’il a occupés dans le milieu musical, son œuvre demeure peu connue, à l’exception de la célèbre Toccata, mouvement final de sa Cinquième Symphonie. Pourtant, l’ensemble grandiose de ses dix symphonies constitue, avec les œuvres de J.S. Bach, un des monuments du répertoire pour orgue. Il est le dernier survivant d’une époque révolue. « Dans la vision de Widor, note l’organiste Benjamin Waterhouse, la technique de l’orgue ne peut qu’être fondée sur l’étude des grands maîtres dont, bien sûr, Johann Sebastian Bach, et les habiletés de l’improvisateur ne doivent jamais faire oublier celles de l’interprète ».

La musique d’orgue à l’époque de Widor  
Il existait à l’époque de Widor ce qu’on appelait les « messes d’orgue ». La musique commençait avant l’entrée du célébrant et ne s’interrompait que le temps du sermon. Le public, les intellectuels et les artistes pouvaient aller entendre le « concert » du maître dans le salon de la tribune d’orgue. Avec ses nominations à Saint-Sulpice et au Conservatoire, Widor était devenu un des musiciens les plus en vue de la capitale. Il fit construire un salon privé derrière l’orgue où il recevait le gratin de la grande société. et même Albert Schweitzer, dit-on.

Le coffret de l’intégrale des dix symphonies
Les quatre premières symphonies pour orgue paraissent sous le numéro d’opus 13 en 1872. Les quatre symphonies suivantes de l’opus 42 sont publiées entre 1879 et 1887. Ce n’est que huit ans plus tard qu’apparaît la Symphonie « gothique », suivie de la Symphonie « romane » en 1900 qui marque un changement de direction. Ce sont les deux seules symphonies de Widor qui utilisent un motif grégorien. Le motif de la Neuvième Symphonie, dédiée à l’orgue de la Basilique Saint-Sernin à Toulouse (église gothique), est inspiré de la Messe de la Nativité, tandis que celui de la Dixième Symphonie, dédiée à l’orgue de l’église abbatiale Saint-Ouen de Rouen (église romane) provient de l’Haec dies, un chant grégorien festif de la Messe de Pâques.

      Cinq organistes interprètent les œuvres dans cinq villes de la province, ce qui constitue une sorte d’itinéraire, de Montréal aux portes de la Gaspésie : Jean-Guy Proulx à la cathédrale Saint-Germain de Rimouski, Gilles Rioux à la basilique Notre-Dame-du-Cap de Cap-de-la-Madeleine, Benjamin Waterhouse à la cathédrale de Saint-Hyacinthe, Jacquelin Rochette à l’église Saint-Roch de Québec et Jacques Boucher à l’église Saint-Jean-Baptiste de Montréal. La facture d’orgue a connu un renouveau dans les années 1960, avec un retour à un type d’instrument qui peut jouer de la musique plus ancienne. Tous les instruments sont de la maison Casavant qui possède une expérience riche de plus de 125 ans. Ils servent admirablement la musique de Widor.

L’avenir des orgues du Québec
Le cri d’alarme est lancé depuis un bon moment. L’un après l’autre, les orgues sont réduits au silence. Les angoisses suscitées par les discussions autour de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus laissent présager un avenir incertain pour ces bijoux du patrimoine. D’après Jacques Boucher, le cas le plus triste est celui de l’église de Lacolle qui a été convertie en restaurant. « Elle possédait le plus vieil orgue jouable de Casavant. On ne peut pas demander aux seuls paroissiens pratiquants de soutenir une église. Il faut qu’on la considère comme un héritage patrimonial et non pas comme patrimoine religieux. Le Ministère doit avoir des règles de conservation. Peut-on moralement dilapider un tel héritage ? »



mercredi 25 août 2010

LE TREMPLIN 2010 DU CONCOURS DE MUSIQUE DU CANADA  -  Un pas vers une carrière musicale internationale

La Scena Musicale, juillet 2010

Destiné aux jeunes interprètes à l’aube de leur carrière, le Tremplin 2010, volet « élite » du Concours de musique du Canada (CMC) a pris fin le 15 juin à Sherbrooke. La pianiste Tina Chong de Banff (Alberta) a remporté le Premier prix « Laframboise Gutkin ». Ce prix, d’une valeur de 8000$, s’accompagne d’une résidence de trois semaines au Centre Banff. Âgée de 25 ans, la lauréate étudie présentement à l’Université d’Indiana. Elle se produira comme soliste lors du concert gala le 5 juillet à Edmonton. Tina Chong a reçu de plus une maquette d’audition produite et réalisée dans les studios de Radio-Canada qui en diffusera des extraits sur les ondes d’Espace musique. « Ce n’était pas mon premier concours de cette envergure, mais c’était certainement le plus exigeant » a mentionné la jeune artiste à l’issue du concours au journaliste Steve Bergeron de La Tribune de Sherbrooke.

Le Tremplin : un volet de haut niveau du Concours de musique du Canada
Organisé parallèlement au CMC tout en dépendant de la même direction, le Tremplin a été mis en place en 1971. Avec la croissance que connaissait alors le Concours, les dirigeants décidèrent de procéder au réexamen des règlements généraux et du programme musical afin d’élever les standards de performance. Pour réviser les critères d’admission, ils obtinrent l’appui de précieux collaborateurs, dont la pianiste Yvonne Hubert, le directeur musical Wilfrid Pelletier et le compositeur Jean Vallerand. C’est à ce moment que le comité organisateur mit sur pied une section particulière destinée aux jeunes interprètes désireux de se mesurer aux exigences des concours internationaux de musique. Cette section appelée « Tremplin international » est maintenant reconnue comme une référence majeure sur l’échiquier des concours de musique au Canada.

      Le Tremplin offre à une cinquantaine de jeunes musiciens, de 16 à 28 ans (sauf pour le chant : 31 ans), l’occasion de participer à un concours national de haut niveau, dont les critères sont comparables à ceux des concours internationaux. Choisis par un comité de présélection, après audition à l’aveugle des enregistrements, ces musiciens se présentent à trois épreuves devant un jury de cinq juges : un premier récital de 45 minutes, un second d’une heure et un programme contenant un concerto complet. À la Première éliminatoire, 16 candidats seront retenus pour la demi-finale, puis 6 pour la finale. Véritable rampe de lancement, ce volet du CMC a permis d’acquérir des expériences de la scène à de jeunes artistes qui marqueront ensuite la scène internationale de leur personnalité. Le CMC a vu défiler depuis sa fondation des milliers de musiciens. Parmi eux figurent des noms prestigieux, dont les Marc-André Hamelin, Louis Lortie, Chantal Juillet et Martin Beaver.

      Les lauréats du Tremplin 2010 se partagent plus de 30 000$ en bourses et engagements. Le Deuxième prix « Shire Canada » (4000$) a été remis au pianiste Charles Richard-Hamelin de Montréal, qui a reçu également le Prix pour la meilleure interprétation d’une œuvre canadienne (1000$). Le Troisième prix « PolyExpert » (1000$) a été attribué au clarinettiste Dominic Desautels de Granby.

Le Concours de musique du Canada : un incontournable pour les jeunes musiciens canadiens
Fondé à Montréal en 1958 sous le vocable « Le Festival national de Musique » Le CMC a pour but de soutenir et d’encourager le jeune musicien au dépassement de soi et à cultiver chez lui la discipline et la ténacité. C’est au moment de la création du Tremplin que l’organisme a pris une dimension nationale avec l’ajout de l’Ontario, suivi des huit autres provinces les années suivantes. S’assurant d’atteindre ses objectifs, le CMC a mis sur pied trois volets différents : Le Tremplin, le Concours de musique du Canada lui-même et le Programme Junior.

      Le Concours de musique du Canada proprement dit se déroule en trois étapes sur une période de trois mois. La 52e édition a débuté à Sherbrooke le 1er avril avec la tenue de la première épreuve régionale. Jusqu’au 21 mai, 16 autres villes canadiennes ont accueilli cette première étape. Ont suivi ensuite les finales provinciales dans sept provinces. La finale nationale a lieu du 21 juin au 3 juillet à l’Alberta College Conservatory of Music à Edmonton. Le concert gala des lauréats, accompagnés de l’orchestre du Concours, sous la direction du maestro Alexei Kornienko, sera présenté le 5 juillet à l’Université de l’Alberta, aussi à Edmonton. Le Programme junior vise à faire découvrir le CMC aux jeunes musiciens de moins de 15 ans qui n’y ont jamais participé. Grâce à la flexibilité du programme, ils peuvent s’inscrire dès l’âge de 7 ans à la première épreuve et présenter le répertoire demandé pour leur instrument et leur catégorie d’âge.
     
Un concours avec une signature originale
Un des événements musicaux les plus importants au Canada, le CMC a pour particularité d’être ouvert à pratiquement tous les instruments de musique, ce qui ne simplifie certainement pas la tâche du jury. « Une fois que nous avons trouvé le meilleur pianiste, le meilleur violoniste, le meilleur chanteur, il faut choisir le meilleur pour toutes ces disciplines, ce qui est loin d’être facile » a déclaré Richard Turp, membre du jury, au journaliste Steve Bergeron. Subventionné au Québec en partie par le ministère de la Culture et des Communications, le CMC est constitué d’un réseau de bénévoles, de professeurs, de collaboratrices et de collaborateurs oeuvrant ensemble, à partir de leur région respective, au développement de l’excellence musicale de la jeunesse canadienne. Le même esprit qui stimulait les fondateurs est encore aujourd’hui bien vivant chez tous les bénévoles qui s’impliquent et y insufflent leur énergie.


Pour tout savoir sur le CMC, visitez le www.cmcnational.com
BENJAMIN BEILMAN :
Tous les rêves sont permis pour ce talentueux jeune violoniste

La Scena Musicale, juillet 2010

Dès sa première apparition en quart de finale, le prodige américain d’à peine 20 ans a montré qu’il possédait cette étincelle qui produit les grands artistes. En plus d’une solide technique, d’une musicalité et d’une maturité impressionnantes, il possède une incroyable assurance pour un jeune musicien. Ces qualités ne se sont pas démenties en finale, alors que le jury du Concours Musical International de Montréal (CMIM) reconnaissait le talent exceptionnel de ce violoniste en lui accordant le Premier Prix. L’assurance avec laquelle il a interprété le Concerto de Sibelius en finale donnait au public l’impression d’entendre un violoniste chevronné. Le public a salué par une ovation monstre celui que le critique Christophe Huss a appelé « l’ange musical de la compétition ».

      Le lendemain de la finale, encore sous l’émotion, Benjamin Beilman considère comme un honneur d’avoir été sur scène avec des finalistes de si haut niveau. Chaussé de petites lunettes noires accentuant son air sérieux, il dégage en entrevue cette même tranquille aisance qu’il a démontrée depuis le début du concours. Il se dit envahi de bonheur, d’autant plus qu’il a failli ne pas arriver à temps pour le concours. Un vol retardé au départ lui a fait rater sa correspondance pour Montréal. C’est grâce à un passager généreux qui lui a cédé sa place qu’il a pu finalement se rendre à destination. Un signe du destin? Les candidats étant logés dans des familles d’accueil, Benjamin a eu le privilège de se trouver dans un environnement calme avec une hôtesse dynamique et compréhensive qu’il appelle affectueusement sa « host mom ». Pour se détendre, il faisait de longues promenades avec le petit chien de la maison qui l’a pris en affection.
     
Un début de carrière fulgurant
Amateurs de musique sans être musiciens, les parents de Benjamin ont inscrit leurs deux enfants en musique afin d’ajouter un complément à leur formation générale. De deux ans l’aînée, Elizabeth a commencé l’étude du violon à 5 ans. Assistant aux leçons de sa soeur, Benjamin fredonnait ensuite ce qu’il avait entendu. Dès l’âge de 5 ans, il voulut l’imiter et fut à son tour initié au violon à l’école Suzuki d’Atlanta où il habitait. De 2002 à 2007, il étudia avec Almita et Roland Vamos au Music Institute de Chicago. Actuellement résident de Philadelphie, il poursuit ses études avec Ida Kavafian au Curtis Institute of Music où il est chef d’attaque des seconds violons du Curtis Symphony Orchestra. Benjamin Beilman a été lauréat de plusieurs concours aux États-Unis, dont deux en 2009 pour lesquelles il a obtenu le Premier Prix : Corpus Christi International Competition et Schmidbauer International Young Artist Competition. Malgré son jeune âge, il possède déjà une vaste expérience, autant comme soliste que comme chambriste. Il a été soliste invité de plusieurs orchestres, dont le Philadelphia Orchestra. Il se produit au festival de Marlboro depuis l’âge de 17 ans.

Un premier grand concours
Malgré une feuille de route impressionnante, le Concours Musical International de Montréal (CIMM) est le premier grand concours international pour Benjamin Beilman. L’aplomb qu’il affiche sur scène n’a pas toujours été si évident. Il a appris de son professeur à ne pas lutter contre le stress, mais à le laisser venir et à le transformer en énergie pour l’aider à se propulser. Se préparer mentalement et physiquement à trois épreuves musicales différentes était pour lui une nouvelle expérience. Avant une épreuve, il aime écouter de la musique de chambre, particulièrement Brahms, Dvorak et Schubert, interprétée par le Quatuor Guarneri, son quatuor favori. La profondeur de cet ensemble et son approche musicale le touchent au plus haut point. C’est ce son qu’il conserve à l’esprit avant d’entrer en scène. Un son qu’il continue de peaufiner avec son instrument dont il est spécialement fier. Du maître luthier napolitain Antonio Gagliano, le violon (1790?) est entre les mains de Benjamin grâce à un emprunt et au soutien financier de ses parents. Il a mis du temps avant de se faire l’oreille à la puissance et à la sonorité unique de ce violon. Deux ans plus tard, il commence seulement à tirer tout le potentiel de ce magnifique instrument. Il lui reconnaît un son riche, particulièrement dans le registre grave, mais il doit poursuivre sa démarche afin d’obtenir le timbre qu’il recherche dans l’aigu. Profondément attaché à son violon, il lui a donné le nom de Francesca, un « prénom féminin qui lui va bien », dit-il.

      Au sujet des œuvres interprétées, Benjamin Beilman porte une affection particulière à la sonate en sol majeur de Beethoven qu’il a jouée en demi-finale, une sonate qui passe d’une remarquable subtilité à une explosion d’émotions. Il considère l’œuvre canadienne imposée cette année, One for Solitude de Kelly-Marie-Murphy, comme une création imposante. Les violonistes Kremer, Grumiaux, Oïstrakh, Milstein et Ehnes sont ses préférés, de même que Augustin Hadelich, une étoile montante qui est aussi son ami.

Un avenir prometteur
Benjamin Beilman ne s’attendait pas à remporter cet important concours. Réfléchissant à son proche avenir, il remet maintenant en question ses projets pour l’automne, dont la compétition internationale de violon d’Indianapolis en septembre. S’engager si tôt dans un autre grand concours lui semble difficile. Il veut d’abord se donner un temps de réflexion et discuter avec son professeur avant de prendre une décision. Mais quelles que soient les avenues qui s’offrent à ce talentueux violoniste, elles devraient mener à une carrière internationale florissante. On se réjouit que Montréal ait participé à la découverte de cet artiste prodigieux qu’on souhaite revoir souvent sur nos scènes.


Une nouveauté cette année: toutes les épreuves (quart de finale, demi-finale et finale) ont été diffusées en audio-vidéo sur Espace classique et sont disponibles pendant 1 an au  http://www.radio-canada.ca/Espace_Musique/cmim2010/